Les visages et initiatives derrière la viticulture responsable en Wallonie
30 mars 2025
30 mars 2025
Il y a une décennie, Jean-Pierre, vigneron près de Namur, cultivait ses vignes selon les méthodes conventionnelles. Mais, face à la dégradation de ses sols et à une biodiversité appauvrie, il a pris une décision radicale : opérer une transition vers l’agriculture biologique. Cet ancien agriculteur raconte que la première étape a été de comprendre ses sols, en analysant leur microbiologie et en arrêtant progressivement les traitements chimiques.
Aujourd’hui, ses vignes sont enherbées, et il utilise des produits comme le cuivre et le soufre avec parcimonie. Cette reconversion a payé : ses vins, reconnus pour leur authenticité, se classent désormais parmi les références biologiques en Wallonie. « Cela n’a pas été facile, surtout les premières années, mais la biodiversité revient, et mes raisins n’ont jamais été aussi bons, » confie-t-il.
Le domaine des Vallons, dans la province du Brabant wallon, a une histoire familiale remontant à trois générations. Mais c’est sous l’impulsion de Sophie, la petite-fille des fondateurs, que ce vignoble a adopté une approche résolument naturelle.
Inspirée par ses voyages dans les vignobles du Jura et de la Loire, Sophie a décidé d’abandonner les levures industrielles et les intrants œnologiques pour élaborer des vins « vivants ». Les fermentations spontanées, l’élevage sur lies fines et l’absence de filtration sont devenus son crédo. Le prix de cette démarche ? Une production plus limitée et des risques accrus face aux caprices du climat. Mais pour Sophie, « cela en vaut la peine, car chaque bouteille raconte l’histoire d’un millésime, sans artifice. »
Diane, à peine 30 ans, fait partie de cette nouvelle génération de vignerons persuadée que l’avenir de la viticulture passe par la biodynamie. Installée sur un petit domaine de 4 hectares dans la région de Mons, elle suit les principes établis par Rudolf Steiner, combinant pratiques ancestrales et observations minutieuses des cycles naturels.
Concrètement, ses journées sont rythmées par le calendrier lunaire. Elle prépare des décoctions à base de plantes comme l’ortie ou la prêle pour stimuler la résistance de ses vignes. L’objectif est clair : renforcer l’écosystème local tout en produisant des vins équilibrés et expressifs. Sa philosophie attire désormais des amateurs et des cavistes désireux de soutenir une viticulture profondément respectueuse de la nature.
Max et Léa, un couple de néo-vignerons venus de Bruxelles, ont décidé de tout quitter pour se lancer dans la viticulture en Wallonie. Mais pas n’importe laquelle : leur domaine, situé près de Dinant, s’inscrit dans une démarche de permaculture. « Dès le départ, nous voulions allier production de vin et régénération des sols, » expliquent-ils.
Le résultat ? Des vignes en bonne santé, des sols vivants et des vins qui capturent l’essence de leur terroir. Max et Léa prouvent que la viticulture, même à petite échelle, peut s’épanouir en harmonie avec la nature.
Certains vignerons vont plus loin en intégrant des stratégies audacieuses pour réduire leur empreinte carbone. C’est le cas d’Olivier, installé près de Liège, qui a investi dans une micro-cave semi-enterrée pour limiter sa consommation d’énergie. Cette structure tire parti de l’inertie thermique du sol pour maintenir une température optimale toute l’année.
En parallèle, Olivier a abandonné les bouteilles en verre pour des flacons en aluminium recyclé, bien plus légers et faciles à transporter. Ses vendanges sont également entièrement manuelles, évitant ainsi l’utilisation d’engins motorisés. « Mes clients comprennent le sens de cette démarche et l’apprécient, » souligne-t-il. Ces efforts lui ont d’ailleurs valu une certification « vignoble neutre en carbone » en 2022.
Au-delà de la production de vin, plusieurs domaines en Wallonie s’efforcent de rendre à leurs parcelles une biodiversité foisonnante. Le domaine Terre & Vigne, dans la région de Marche-en-Famenne, a par exemple amorcé un vaste projet de réensauvagement de ses parcelles. Cela inclut :
Ce travail bénéficie non seulement aux vignes mais aussi à toute une flore et une faune locales qui avaient autrefois quasiment disparu. « Nous voulons que nos vignes ne soient qu’une pièce du puzzle de l’écosystème, » déclare Clément, qui co-dirige le domaine avec son épouse.
Au-delà des techniques et des labels, ce qui unit ces vignerons wallons, c’est une philosophie commune : celle d’honorer la terre en cherchant à la préserver pour les générations futures. Derrière chaque choix se cache une vision holistique du métier de vigneron, où la vigne et son environnement sont perçus comme un tout indissociable.
Ces femmes et ces hommes démontrent que la viticulture wallonne, encore jeune et méconnue, peut jouer un rôle clé dans la promotion d’une agriculture plus verte. Alors, pour votre prochaine dégustation, pourquoi ne pas vous tourner vers ces initiatives locales et engageantes ? Vous soutiendrez ainsi une filière qui place l’éthique et la nature au cœur de ses préoccupations.