Comment un vigneron wallon a fait le choix courageux de passer au bio
2 avril 2025
2 avril 2025
Comme beaucoup de viticulteurs en Wallonie, Frédéric Delcourt n’avait d’autre choix, à ses débuts, que de suivre les méthodes conventionnelles. Dans les années 2000, les aides publiques et la disponibilité de produits phytosanitaires incitaient encore largement à ce modèle, qui promettait des rendements stables. Herbicides, fongicides et engrais chimiques faisaient partie intégrante de ses pratiques.
Ce modèle semblait alors inévitable pour survivre économiquement. Avec plusieurs hectares de vignes à gérer, Frédéric jonglait avec les exigences de cette approche industrielle : une gestion intensive du sol, l’utilisation de produits chimiques pour contrer les maladies de la vigne comme le mildiou ou l’oïdium, et une rigueur mécanique favorisant davantage les rendements que la biodiversité.
C’est en 2012 que Frédéric raconte avoir eu ce qu’il appelle lui-même « son moment de déclic ». Après des années à constater une baisse de vie dans ses sols et des maladies de plus en plus fréquentes chez ses vignes, il commence à se poser des questions. Un événement marquant illustre ce tournant : après une forte pluie en plein été, il remarque que son sol ne retient plus l'eau et que l’érosion emporte une partie de sa terre. « C’est là que j’ai compris qu’on détruisait plus qu’on ne produisait », confie-t-il dans une interview accordée à un média local.
En parallèle, la demande croissante pour des vins plus naturels et respectueux de l’environnement, notamment chez une clientèle urbaine et jeune, commence à lui faire envisager différemment son métier. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont ni des considérations économiques ni les réglementations qui ont d’abord déclenché sa transition, mais une réelle volonté de préserver la terre pour les futures générations.
Passer de l’agriculture conventionnelle à la viticulture bio est un chemin complexe, comportant de nombreuses étapes et contraintes. Frédéric en témoigne :
La première étape a consisté à réapprendre des méthodes d’observation. Fini les réflexes dictés par les produits chimiques : il a fallu renouer avec des pratiques soutenues par des connaissances approfondies sur les cycles des sols, des interactions entre plantes, et des micro-organismes présents naturellement.
« J’ai fait appel à un spécialiste en agroécologie pour me guider. Il m’a fait comprendre à quel point les sols dictent la santé des vignes. Si les sols vivent, tout suit », explique Frédéric.
Une des étapes les plus délicates a été l’arrêt progressif des herbicides et des engrais chimiques. Il a dû apprendre à gérer autrement la compétition entre les vignes et les herbes spontanées. Cette transition a aussi impliqué de remplacer les produits chimiques par des alternatives naturelles comme les décoctions à base de prêle ou d’ortie. Un travail plus manuel a donc été nécessaire, augmentant les heures de travail sur ses parcelles.
En optant pour le label biologique, Frédéric a dû suivre un processus administratif et réglementaire exigeant, nécessitant une période de conversion de trois ans. Pendant ce temps, il n’était pas encore certifié, ce qui signifiait qu’il payait le prix de la transition sans en tirer immédiatement les bénéfices. Une mise à l’épreuve financière importante.
L’un des plus grands défis est de lutter contre les maladies classiques de la vigne (comme le mildiou) sans pesticides de synthèse. Frédéric utilise désormais des doses modérées de cuivre et de soufre, tout en cherchant en permanence à limiter leur usage grâce à des cultures intercalaires et à des techniques de prévention, comme les pulvérisations ciblées en cas d'infestation.
Après plusieurs années de pratique bio, Frédéric observe aujourd’hui des résultats qui confirment qu’il a fait le bon choix :
En termes de chiffres, Frédéric note que ses rendements ont certes baissé de 10 à 20 % pendant les premières années de transition, mais que la hausse de la qualité et la fidélité d’une clientèle sensible aux démarches durables compensent largement cette perte. En 2021, il a même remporté une médaille d’or au concours « Millésime Bio », une belle reconnaissance pour son parcours.
Frédéric Delcourt est aujourd’hui un ambassadeur informel pour l’agriculture biologique en Wallonie. Il accueille d’autres viticulteurs sur ses terres et partage librement ses erreurs comme ses réussites. Selon lui, « le bio n’est pas une utopie, mais une nécessité si nous voulons continuer à cultiver en préservant notre patrimoine naturel. »
Son histoire prouve que le passage au bio est possible, bien qu’exigeant. Ce modèle suscite un intérêt croissant en Wallonie, une région où la viticulture est encore jeune mais porteuse d’énormes opportunités pour concilier tradition, innovation et respect de la nature.
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