Les cépages en Wallonie : une évolution marquée par l’audace et la résilience

27 mars 2025

Retour dans les années 80 : un vignoble balbutiant

Il y a quarante ans, parler de viticulture en Wallonie aurait fait sourire plus d’un amateur de vin. Les premiers vignobles wallons modernes apparaissent dans les années 70-80 grâce à des passionnés visionnaires. Le climat belge, jugé trop froid, ainsi que le manque de tradition viticole dans la région, rendaient l'idée audacieuse.

À cette époque, les cépages plantés étaient majoritairement des hybrides résistants. On trouvait des variétés comme le Regent, le Rondo ou encore le Solaris. Ces cépages présentaient plusieurs avantages cruciaux : leur capacité à résister aux maladies cryptogamiques (notamment au mildiou et à l’oïdium) et leur précocité, essentielle pour permettre une maturation correcte sous des climats relativement frais.

Mais ces cépages, bien qu’efficaces et adaptés, produisaient des vins souvent jugés moins qualitatifs au regard des standards internationaux. Les pionniers wallons misaient donc plus sur l’expérimentation que sur des ambitions de reconnaissance mondiale.






Les années 2000 : quand le climat devient un acteur clé

Le début du XXIe siècle a marqué un tournant pour la viticulture wallonne. Avec un réchauffement climatique tangible, les hivers plus doux et des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes ont offert de nouvelles opportunités aux vignerons de la région. Le thermomètre gagnant quelques degrés précieux, il devenait possible d’envisager des cépages plus nobles, habituellement cultivés dans des régions plus méridionales.

C’est alors que des cépages comme le Pinot Noir, le Chardonnay ou le Auxerrois ont commencé à s'implanter dans certains vignobles. Ces variétés, associées historiquement à la Bourgogne et à l’Alsace, s’adaptent étonnamment bien aux nouvelles conditions climatiques wallonnes. Elles offrent, en outre, une reconnaissance accrue sur le marché, attirant les amateurs de qualité et les curieux de terroirs émergents.

Un autre facteur déterminant dans ce changement est le succès grandissant des vins effervescents en Belgique. Ces bulles, souvent issues des cépages classiques de Champagne (comme le Chardonnay et le Pinot Noir), prennent leur essor en Wallonie grâce à des techniques de vinification maîtrisées et à une demande croissante tant locale qu’exportatrice. Aujourd’hui encore, l’effervescent est considéré comme l’ambassadeur du vin belge par excellence.






L’ère contemporaine : entre diversité et pragmatisme

Depuis les années 2010, les vignerons wallons font preuve d’un savant mélange de prudence et d’audace dans leur choix de cépages. La diversification est devenue la clef pour faire face à des défis multiples : changement climatique exacerbé, développement de la viticulture biologique et biodynamique, et appels pour un vin qui reflète la singularité des terroirs locaux.

Une montée en puissance des cépages résistants

Parallèlement aux variétés classiques, une nouvelle génération de cépages résistants – souvent issus de croisements récents – voit le jour. Ces cépages, parfois appelés PIWIs (pour "Pilzwiderstandsfähige Rebsorten", ou cépages résistants aux champignons), séduisent pour plusieurs raisons :

  • Ils nécessitent moins de traitements phytosanitaires, ce qui réduit l’empreinte écologique du vignoble.
  • Ils sont adaptés à des pratiques biologiques ou biodynamiques, en plein essor en Wallonie.
  • Ils offrent une résilience face aux aléas climatiques, essentiels dans un contexte de météo capricieuse.

Parmi les exemples populaires en Wallonie, on retrouve le Souvignier Gris, le Johanniter ou encore le Cabernet Cortis. Ces cépages, bien que relativement méconnus des consommateurs, donnent des vins intéressants et font peu à peu leur place sur la scène viticole.

Un retour aux valeurs sûres

En parallèle, les vignerons continuent de planter des cépages internationalement reconnus pour répondre à une demande croissante des amateurs éclairés. Outre le Pinot Noir et le Chardonnay, d’autres variétés comme le Gamay et le Pinot Gris rejoignent les rangs. Ces cépages participent à la construction d’une renommée pour les vins wallons, notamment à l’exportation.






Les défis de demain : évolutions climatiques et travail sur les terroirs

Si les choix de cépages actuels témoignent d’une belle adaptabilité des domaines wallons, les perspectives à long terme imposent de nouvelles réflexions. Les scénarios climatiques en 2050, avec des étés plus chauds et plus secs, entraîneront probablement d’autres mutations dans les plantations.

Certains experts estiment que des cépages méditerranéens, comme le Syrah ou le Grenache, pourraient faire leur apparition dans les terres wallonnes d’ici quelques décennies. Mais à l’heure actuelle, les vignerons préfèrent maîtriser les cépages actuels tout en étudiant le potentiel des sols et des microclimats régionaux.

Enfin, il reste à voir si la Wallonie adoptera à plus grande échelle la plantation en haute densité, une méthode qui pourrait favoriser la concentration des arômes et une meilleure adaptation au stress hydrique – autant d’éléments essentiels pour répondre aux préférences des amateurs de vin dans le futur.






Vers un vignoble de demain

La Wallonie ne cesse de surprendre par son audace et son adaptation grâce à des vignerons passionnés et visionnaires. En choisissant une palette variée de cépages, mêlant tradition et innovation, elle s’érige peu à peu comme une région viticole à part entière en Europe. Et si ces évolutions des dernières décennies n’étaient qu’un prélude à une révolution plus vaste encore ? Un avenir fascinant se dessine pour les vins wallons, porteurs de leurs terroirs uniques et de la créativité de leurs artisans.






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