Quand le climat dicte le choix des cépages en Wallonie

18 mars 2025

L'évolution climatique : un casse-tête pour les vignerons

Quand on parle de climat en Wallonie, on pense souvent à quelque chose d’imprévisible, oscillant entre gelées printanières, averses fréquentes et belles journées estivales... Bref, une météo qui ne manque pas de caractère. Pourtant, ces dernières décennies, les indices climatiques montrent clairement une tendance au réchauffement global. Selon des données de l’Institut Royal Météorologique de Belgique (IRM), la température moyenne annuelle en Belgique a augmenté d’environ 2°C depuis 1833.

Mais ce n’est pas qu’une question de température. En Wallonie, nous devons aussi composer avec :

  • Des précipitations fréquentes : Environ 850 à 1 200 mm de pluie tombent chaque année, selon les zones géographiques. Cela peut favoriser des maladies fongiques comme le mildiou ou l’oïdium, qui attaquent la vigne.
  • Un ensoleillement limité : Avec environ 1 500 à 1 700 heures de soleil par an, la Wallonie fait partie des régions où l’énergie solaire reste modérée, une contrainte importante pour la photosynthèse des vignes.
  • Des périodes de gel : Les gelées tardives (entre avril et mai) restent particulièrement redoutables pour les bourgeons, en plein éveil à cette période-là.

Ces éléments combinés créent un contexte climatique en constante évolution, poussant les vignerons à repenser leur choix de cépages.






L’importance du choix des cépages en fonction du climat

Cépages précoces vs cépages tardifs

En viticulture, chaque cépage possède son propre cycle de maturation. Un cépage précoce, comme le chardonnay, atteint sa maturité rapidement, parfois dès la fin de l’été, ce qui en fait un choix intéressant en Wallonie avec ses automnes souvent pluvieux. En revanche, des cépages tardifs comme le cabernet sauvignon, qui nécessitent des périodes prolongées de chaleur et de soleil, auraient du mal à donner leur plein potentiel dans nos contrées.

Face au réchauffement climatique, certains vignerons wallons observent une meilleure maturation de certains cépages qui, il y a 20 ou 30 ans, auraient été impensables ici. Par exemple, le pinot noir, délicat et capricieux, semble de plus en plus jouer son rôle dans les assemblages ou en monocépages pour des vins rouges élégants.

La résistance aux maladies : un critère clé

Avec un climat humide comme en Wallonie, choisir des cépages résistants aux maladies fongiques est crucial. Les variétés dites PIWI (résistantes aux maladies fongiques) deviennent des partenaires privilégiés. Parmi elles, on retrouve le johanniter, le solaris ou encore le muscaris, tous capables de produire des vins de qualité tout en nécessitant moins de traitements phytosanitaires.

Le fait d’opter pour ce type de cépages permet aussi de réduire l’impact environnemental de la viticulture, ce qui colle parfaitement avec l’idée d'une production plus durable.

Le terroir entre en jeu

Évidemment, le choix d’un cépage ne dépend pas que du climat ! Il faut aussi prendre en compte le terroir, c’est-à-dire la combinaison des sols, du relief et de micro-climats spécifiques à chaque parcelle. Par exemple, le schiste et le calcaire présents dans certains vignobles wallons favorisent particulièrement des cépages comme le riesling ou l’auxerrois. Chaque cépage s’exprime différemment selon sa proximité au sol, aux nappes souterraines ou encore à la ventilation.






Quels cépages pour le vignoble wallon ?

Alors, quels sont les grands favoris aujourd’hui chez les vignerons wallons ? Voici une liste non exhaustive des cépages les plus adaptés à nos régions :

  • Le chardonnay : Très présent dans les vins effervescents et apprécié pour sa souplesse d’adaptation. Il combine bien le climat frais et les sols calcaires de Wallonie.
  • L’auxerrois : Cépage typique des régions froides, il donne des vins blancs bien équilibrés avec une belle expression fruitée.
  • Le pinot noir : Devenu de plus en plus populaire, surtout avec le réchauffement climatique. Il est souvent utilisé pour les rouges légers et les vins pétillants.
  • Le johanniter et le solaris : Cépages résistants aux maladies, souvent utilisés en viticulture biologique ou en biodynamie.





Un futur prometteur grâce à l’adaptation

Si le climat wallon comporte encore aujourd’hui des contraintes, le réchauffement global ouvre discrètement de nouvelles opportunités. Des cépages jusque-là réservés à des régions plus méridionales pourraient, avec le temps, trouver leur place dans nos vignobles. Parallèlement, des recherches se poursuivent pour développer des variétés toujours plus adaptées au climat changeant et aux enjeux de durabilité.

Et pour nous, amateurs de bons vins, c’est une promesse d’encore plus de diversité et de belles découvertes dans nos bouteilles. La viticulture en Wallonie n’en est qu’à son début, mais grâce au travail acharné des vignerons et à leur capacité d’adaptation, elle a toutes les cartes en main pour une aventure riche en saveurs.






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